La guerre et le vin, mais qu'est-ce que cela à avoir ? C'est comme si un bouquin s'intitulait « l'amour et la pêche » ou « le divorce et le lait» ou encore « la colonisation et l'apéritif » !... Bref, le titre a de quoi surprendre, il me surprend, m'interpelle, me questionne et je l'achète pour savoir ce que la guerre et le vin ont à faire ensemble. Je ne suis pas la seule à me poser la question, les auteurs eux-même se la posent dans leur préface comme s'ils n'avaient choisi ni le titre, ni le sujet mais que ceux-ci s'étaient imposés à eux, de fait.
En effet, la guerre a été traitée sous différents aspects et à la lecture de ce nouvel éclairage, on est stupéfait par son abord pragmatique à travers le vin, sujet aussi essentiel alors que la nourriture, nous apprend-on. Comment a-ton pu oublié l'importance du vin dans la vie quotidienne des français des années 1940, quand toute l'économie tournait autour de l'exploitation des sols, quand boire guérissait alors que les médicaments n'existaient pas, soit parce qu'ils n'avaient pas été inventés, soit par pénurie, alors que le moral de la population était au plus bas et que l'élixir cultivé dans les champs faisait office d'antidépresseur, d'euphorisant, véritable fontaine de jouvence et aliment à part entière dans ces jours de vaches maigres, alicament avant l'heure ?...
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C'est donc autour de la culture, de la production, de l'entrepôt et de la distribution du vin pendant la guerre que les auteurs nous emmènent, mais pas techniquement, pas froidement, mais avec ceux qui ont vécu les heures les plus sombres du XXème siècle, ceux qui se sont battus pour garder les fruits de la richesse du sol français, les trésors fragiles d'un savoir-faire embouteillé et millénaire, au même titre que des femmes et des hommes se sont battus pour sauver des Manet, des Monet, etc..., enfants de la Nation, témoins de notre histoire et de notre identité. La résistance a été là aussi. Beaucoup se sont tus, le passé étant trop « douloureux », mais quelques-uns ont bien voulu parler aux deux journalistes qui nous livrent alors des scènes incroyables, inimaginables de cette guerre monstrueuse, nous rappelant qu'avant tout il y a des hommes, souvent les mains nues, contre des armées. Ce combat tant inégal, dantesque, infime et silencieux dans un océan de cris et de morts, ce combat quasi-surréaliste force le respect. Il nous rappelle aussi que l'homme est idéologique et que ses actes le transcendent, même s'ils sont aberrants, à l'image de ce vigneron qui continue seul sa vendange alors que tout le monde a fui et que les bombes tombent dans le champs d'à côté, parce que demain, pour vendanger, il sera trop tard.
Ce livre est d'une rare humanité, conduit de mains de maîtres par les deux auteurs très érudits sur leurs sujets. Sa construction intelligente donne une fluidité romanesque aux récits de tous les protagonistes, véritables héros et faiseurs d'Histoire(s) avec un grand H.
A lire et relire et bien sûr à offrir pour un émerveillement assuré devant le génie humain et une compréhension plus physique de la guerre, à l'image de la première histoire, une histoire de fous, celle d'Hitler et de sa tour...
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